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Passages et passants à Agadez

Car la rue agadézienne appartient aux petits enfants et aux chèvres. Elle est pour les premiers un terrain de jeu inépuisable en trouvailles et rencontres sous la surveillance de la maman ou de la grand-mère qui discute avec une voisine ou prépare le repas sous le porche sombre et frais. Et elle est, pour les secondes, un lieu de pâture en toute liberté puisqu’on les lâche le matin après les avoir nourries d’une épaisse bouillie de restes de toute sorte (épluchures, enveloppe du mil, eaux sales…). On les rappelle le soir à heure fixe. En cas de retard, elles attendent derrière la porte. Parfois l’une d’elles, plus maligne que les autres, pousse le portail pour signifier leur présence.

Autrement, la rue est un espace de passage. D’ailleurs la sortie de la maison est souvent ritualisée : les hommes et femmes s’habillent de vêtements jugés plus convenables. Certaines femmes enfilent alors leur hijab. On endosse une apparence, comme une frontière avec le monde extérieur qu'est la rue. Plus loin, si on se rend chez des amis ou des parents, le foulard ou le chèche sont mis de côté. Mais le passage dans la rue doit se faire en toute dignité, on est comme en représentation. La rue est une zone neutre, où le contact est superficiel, arpentée par les vendeurs de toute sorte qui tirent des charrettes où sont entreposés tapis en plastique, talismans maraboutiques, ou bien qui portent sur leur tête des plateaux en fer blanc où trône de la viande d’agneau qu'ils découpent en minuscules morceaux devant les ménagères.

De-ci de-là, des boutiquiers se sont installés dans des cabanons en bois qu'ils ne quittent guère de peur de se faire dévaliser. Ils vendent de tout en toute petite quantité. Je me suis souvent imaginée le temps qui leur est nécessaire pour conditionner la lessive, le sucre, le thé, le sel, l’huile dans des sacs en plastique de contenances variables. Cette pratique commerciale, qui rapporte bien plus au commerçant que s’il vendait les produits dans leurs paquets originels, est la conséquence directe de ce que l’on appelle en Afrique de l’Ouest la ration et qui consiste en ce que, le matin, le mari donne à sa femme une certaine somme, généralement dérisoire, pour faire les provisions nécessaires à la préparation des repas de la journée. A certaines exceptions près (mil, riz, pâtes), les courses sont faites chaque jour. La chaleur, ainsi que le peu d’argent disponible par jour, ne permettent pas de remplir les placards – qui de plus n’existent pas – pour bien longtemps.

A certains moments de la journée, généralement tôt le matin puis vers 11 h et après 15 h 30, la rue connaît une activité plus importante avec l’installation fugace des marchandes de rue qui font cuire à même le sol, dans de grosses marmites pleines d’huile bouillante, des beignets de toutes sortes : aux haricots (les concé), à la farine de blé (les fari masa), au mil (les masa) mais aussi des frites d’ignames ici appelé n’doya ou plus rarement de patates douces . Si la vendeuse est réputée pour ses préparations, il peut y avoir foule auprès d’elle. Les tabliers eux aussi occupent l’espace de la rue à ces moments-là où les gens sortent et ont faim. Ce sont des petits vendeurs de rue qui vendent de tout et n’importe quoi à l’unité sur des tables pliantes bricolées sur lesquelles on trouve des cigarettes, des bonbons, parfois des barres chocolatées, des petits sachets de cacahouètes sucrées, de lessive, des pains de singe (4) ...

Il y aussi les vendeurs de méchoui qui font rôtir la viande et les tripes du mouton sur des grilles déposées au-dessus de tonneaux où le feu est mis. Les morceaux que vous choisissez sont servis dans du papier, saupoudrés d’une poudre orange très pimentée et, à la demande, de tomates et oignons émincés.
La rue agadézienne n’est pas un lieu où on reste mais où on passe, allant d’un point à un autre. Quand on rencontre un ami ou un parent et qu’une discussion est entamée, elle sera poursuivie chez l’une des deux personnes ou bien dans un lieu à la fois public et privé qui est dans la rue tout en ne l’étant pas : la fada. Si l’on cherchait un équivalent occidental pour décrire une fada, on trouverait le bar associatif et ce ne serait pas vraiment pertinent. Il s’agit d’un lieu informel où se réunissent des amis, soit dans un cabanon de boutiquier, soit chez l’un d’eux sous un porche qui n’est pas connecté à l’habitation ou sous une paillote aménagée pour l’occasion. L’essentiel tient à peu de choses : des amis qui ont à parler, du thé qui chauffe, des chaises ou une natte pour s’asseoir et, surtout, ne pas être visible de l’extérieur.

Suite : Destination marchés

(4) Fruit du baobab. Etrangement âpre et sucré…

Auteur: E. Bosc, avec son aimable autorisation

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